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Avant d’être freelance, j’ai longtemps travaillé dans le privé, et quand je dis longtemps, je ne parle pas de quelques mois mais de près de 20 ans et de pas moins de 6 entreprises.
Chacune ayant son type de management et de reconnaissance du travail.

Le constat est le même à peu près partout : plus on avance dans l’industrialisation, plus on perd en humanité.

Une version au féminin

C’est ce que j’ai pu constater dans l’une de ces « grandes entreprises françaises » dans laquelle je suis passée.

Connaissez-vous le syndrome de la matraque ? Prenez un groupe d’individus, tous égaux, sans prérogative particulière. Donnez à un seul d’entre eux un tout petit peu de pouvoir, vous obtiendrez un tyran absolu ! Cliquez pour tweeter

Lorsqu’on arrive dans une équipe gérée par UNE manager, on se dit qu’une femme ne peut pas être pire qu’un homme, qu’elle a en elle la douceur de sa féminité, un certain humour et surtout une bonne dose d’humanisme.
Quelle belle utopie !

J’avais face à moi une sorte de Cruella d’Enfer qui prenait les femmes de son équipe pour des chiots prêts à être sacrifiés pour son seul plaisir.
Disséminant des phrases acerbes aussi facilement que la méchante du dessin animé sème ses cendres de cigarettes.
Distribuant les renouvellements de contrat et les augmentations au bon vouloir de sa (mauvaise) humeur.
Et faisant régner une ambiance malsaine jusqu’aux pauses café.

Sans doute est-elle devenue misogyne à son insu… Juste pour être, elle aussi, un homme respecté dans un univers de pseudo machos.

Le stéréotype est facile. Mais il révèle bien le malaise qu’il y a dans les entreprises où si vous n’êtes pas au top H24 même le dimanche matin, alors vous n’êtes pas respectable.
Où l’Humain est relégué à un rôle de pion, de pièce interchangeable.

La démocratisation de la robotique a facilité la vie de l’être humain dans l’industrie et la logistique, c’est indéniable. Il était temps de ne plus ressembler au Charlie Chaplin des Temps Modernes.
Mais dans un monde où tout est fait pour que l’être humain s’épanouisse dans ses loisirs, pourquoi les entreprises ont-elles oublié de lui permettre de s’épanouir également dans son univers professionnel ?

Programmation autodestructrice

A force de devoir être performant dans son job avec un rendement toujours à la hausse, de devoir avoir des loisirs plus extrêmes les uns que les autres et une vie de famille parfaite à publier sur les réseaux sociaux, l’être humain a fini par s’oublier et par n’être plus que le parfait robot instagrammé qu’on lui demande d’être.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de voir naître de nouveaux mots tels que « burn out » et de constater que les coachs en réorientation professionnelle fleurissent dans tous les secteurs.

Ce n’est pas tant la faute des entreprises qui, en réalité, ne demandent pas à leurs cadres et employés de se mettre une telle pression. Non, c’est toute notre société qui nous pousse à nous auto-formater de la sorte.

N’avez-vous jamais constaté qu’une absence de dernière minute nous met le sang en émoi ?
Si ce jour-là, pour compenser, on pouvait travailler (à distance) encore plus qu’une simple journée au bureau, on le ferait !
Alors qu’après une période de congés programmés, on revient avec une vision des choses plus adoucie, plus humaine.

C’est bien la preuve que nous sommes en grande partie responsable de notre état !
Il ne tient qu’à nous de dire « non !» :
– NON au tyrannisme sous-jacent dans nos rapports avec la hiérarchie,
– NON aux demandes de dernière minute infondées qui ne sont là que pour rassurer notre chef sur sa (non)capacité à gérer la charge de travail de ses équipes.

Il ne tient qu’à nous de prendre notre courage à deux mains pour faire tomber les tyrans et remettre un peu d’humanisme dans nos entreprises.

Ceux qui osent franchir le pas d’une reconversion professionnelle mettent souvent en 1er critère « le bien-être au travail », et pas seulement dans les horaires ou l’ambiance de l’équipe, mais dans les valeurs fondamentales de l’entreprise.
L’être humain doit retrouver une place centrale dans cet univers impersonnel.

Une oasis au milieu du désert

Malgré tout, il devient difficile de croire encore en un management basé sur des valeurs positives sincères et la confiance après une telle expérience.

Et pourtant, ce mirage je l’ai vu. Mais je ne devrais pas parler de mirage, car c’était réel. Je devrais plutôt parler de miracle. Cela s’est produit le jour où j’ai travaillé avec la Maison Jouvenal, chocolaterie à La Côte Saint André.

Durant mon immersion chez eux, j’ai pu assister à des scènes de management humain, sans langue de bois ou promesses douteuses.
Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le monde des Bisounours, ça reste un lieu de travail avec ses contraintes et ses obligations, mais le climat y est différent parce les relations entre les responsables et leurs équipes sont basées sur des valeurs fortes.

La transmission du savoir comme valeur de base

La 1ère de ces valeurs, et sans doute la plus forte, est la transmission du savoir.
Le soutien des mentors envers leurs apprentis se fait au quotidien :
– organisation de stages auprès de maîtres artisans, pour qu’ils puissent sublimer leurs compétences,
– valorisation de leur travail via les réseaux sociaux,
– mise en avant de leur création en les vendant en boutique ou, pour les sculptures de sucre ou de chocolat, exposition dans la vitrine principale.

Ils ont ainsi à la fin de leur formation, toutes les cartes en main pour parvenir à leur but : être heureux dans leur métier et se lever le matin avec l’envie d’apprendre et de transmettre.

Le retour d’expérience

Ce partage de connaissances va au-delà de leurs murs, puisque chez eux l’expression « secret de fabrication » n’a pas lieu d’exister. En effet, lorsqu’un de leurs clients leur demande des conseils sur une recette, ils partagent avec le sourire conseils et même recettes complètes.
Cette générosité amène parfois la raillerie de certains de leurs confrères un peu ringards, mais ils ont compris que cela favorise leur image de marque et la confiance en leur créations.
Car même si un jour, un de leurs clients réussit une recette aussi bien que le chef, il aura à cœur non seulement de venir le partager avec lui, mais aussi de faire la bonne réputation de cette maison centenaire.
Anne-Laure, leur responsable communication, explique qu’avant de parvenir à une réalisation réussie, le client passera par plusieurs tentatives plus ou moins heureuses, et qu’il reviendra prendre des astuces et parfois même des stages chez eux pour tenter d’égaler les pâtissiers de la maison.
Ce qui crée non seulement une relation de confiance et une certaine connivence entre le client et la maison, mais aussi une sorte de deal commercial.

Avantages réciproques

Il n’y a pas que les clients qui bénéficient de cet échange de bons procédés puisque le management de leur équipe de vente se fait dans la même lignée.

  • lorsqu’une maman a un impératif familial, comme cela arrive dans toutes les familles, elle peut le dire le plus simplement du monde à sa responsable qui en tiendra compte dans son planning.
    Ainsi, pas de tension, pas d’ambiance parasitée par des doutes et des suspicions. Juste un lieu de travail où chacun vient chaque jour, apportant avec lui son lot d’idées et de suggestions d’amélioration.
    – et inversement, le fait de se voir faciliter son emploi du temps, amène à une souplesse face aux contraintes.
    Anne-Laure explique que « ce côté « humain » est vraiment réciproque : Lionel, très souvent, va me remplacer au pied levé, Patricia, accepter un changement d’emploi du temps un peu soudain. Je pense que l’on a la TRES grande chance d’avoir une équipe très sympa et très serviable ! La manager qui accepte un changement d’emploi du temps, le fait car elle sait qu’une autre vendeuse sera ok pour remplacer sa collègue ! »

 

À nous de provoquer ce changement

Heureusement, cet exemple de management n’est pas un cas isolé tout droit sorti de sitcoms dégoulinant de bons sentiments made in USA.
Non, c’est bien réel et c’est en France, dans notre belle campagne. Mais pas que !

Une fois mon formatage industriel tombé, j’ai réalisé que de plus en plus d’entreprises tendent à un renouveau profond de leur management et de leurs relations transverses.
Et à mon sens, il est temps que cette prise de conscience soit générale, pour que le monde du travail retrouve son humanité et qu’ainsi on puisse sortir de ce schéma dans lequel chacun n’est qu’un simple numéro.
Pour que le « ON » devienne un « NOUS ».

D’ailleurs, nous sommes tous acteurs ou actrices de ce changement, par de petites actions, une autre vision des choses ou une approche positive de son travail.
N’hésitez pas à m’expliquer dans les commentaires, qu’elles sont expériences de management positives ou, au contraire, négatives que vous avez pu vivre.
Comment avec-vous participé à cette mutation nécessaire ?

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